Le petit-déjeuner organisé récemment par le CLIFF (association française des professionnels de la communication financière) sur les applications de l’intelligence artificielle aux relations investisseurs (IR) a été l’occasion de faire le point sur les usages actuels et les tendances structurantes. Au-delà de l’effet de nouveauté, c’est bien une transformation progressive mais déjà tangible des pratiques IR qui se dessine.
Des usages encore hybrides, entre itération et structuration
Dans les équipes IR, les outils d’IA générative s’utilisent désormais au quotidien, mais selon des modalités encore hétérogènes. D’un côté, les solutions intégrées aux suites bureautiques s’imposent progressivement comme des standards. De l’autre, des outils plus ouverts continuent d’être utilisés de manière ponctuelle, parfois en marge des cadres définis.
Ces usages s’organisent aujourd’hui autour de trois grands axes. D’abord, des tâches transverses (recherche d’information, traduction, synthèse) qui concernent l’ensemble des fonctions. Ensuite, des applications directement liées au cœur du métier IR : rédaction de communiqués, préparation des scripts de résultats, élaboration du DEU ou encore construction de Q&A. Enfin, des cas d’usage plus émergents apparaissent, comme la production de présentations, la préparation de roadshows ou le ciblage d’investisseurs.
Dans tous les cas, un bénéfice s’impose immédiatement : le gain de temps. À ce stade, l’IA ne transforme pas encore en profondeur la nature des missions IR ; elle en accélère surtout l’exécution. Ce point est clé : l’efficacité opérationnelle progresse, mais la valeur ajoutée humaine reste centrale.
Une exigence accrue de contrôle et de sécurisation
Cette montée en puissance s’accompagne toutefois de contraintes fortes. En premier lieu, la fiabilité des contenus générés reste un enjeu majeur, imposant des processus de vérification systématiques. Dans un environnement où chaque mot peut avoir un impact sur le marché, l’approximation n’est pas une option.
Par ailleurs, les enjeux de confidentialité sont particulièrement structurants pour les fonctions IR, qui manipulent par nature des informations sensibles. L’usage de l’IA ne peut donc se concevoir sans un cadre strict, notamment via des environnements sécurisés.
Ainsi, loin de se substituer à l’expertise, l’IA en amplifie la portée, à condition d’être maîtrisée. C’est précisément ce qui conduit aujourd’hui les entreprises à structurer davantage leurs pratiques.
Des organisations en cours d’adaptation
Dans les grandes entreprises, cette structuration est déjà à l’œuvre. Les déploiements d’outils se font à plus grande échelle, souvent avec un accès direct à des bases documentaires internes, permettant d’améliorer la pertinence des contenus générés.
Mais cette évolution ne se limite pas à un sujet technologique. Elle interroge plus largement l’organisation des équipes IR : répartition des tâches, montée en compétence sur ces outils, intégration dans les processus existants.
En d’autres termes, l’enjeu n’est plus seulement d’adopter l’IA, mais de l’intégrer intelligemment dans le fonctionnement des équipes, sans compromettre les exigences de rigueur propres à la communication financière.
Conclusion : plus de temps pour l’essentiel des relations Investisseurs
Dans ce contexte, un constat s’impose : l’IA crée avant tout du temps.
Du temps gagné sur des tâches de production, d’analyse ou de synthèse, autant de ressources qui peuvent être réallouées au cœur du métier des relations investisseurs. Car, au fond, l’essentiel ne change pas : comprendre ses investisseurs, dialoguer avec eux, et construire une relation de confiance dans la durée.
En ce sens, l’IA ne redéfinit pas la finalité du métier IR ; elle en renforce potentiellement l’impact. Les équipes qui sauront transformer ces gains d’efficacité en valeur relationnelle en se recentrant sur la qualité du dialogue avec le marché, seront celles qui tireront pleinement parti de cette nouvelle génération d’outils.
Olivier Bricaud
Account Director, Investor relations
E-mail : olivier.bricaud@cdrgrayling.com